Cela me touche profondément. Gabriel n’avait que quelques jours lorsque sa mère, les traits marqués par la fatigue mais le visage radieux l’a pris délicatement dans ses bras pour l’allaiter… Christine, fidèle à son inséparable bonnet, s’agenouille dans le jardin communautaire du Plateau* pour planter un semis avec une attention telle que le geste évoque une méditation. Des scènes empreintes de douceur, en profond contraste avec la violence infligée au vivant, de Gaza jusqu’à la forêt amazonienne…
Notre regard sur la vie
Ces dernières années, l’un des grands enjeux planétaires est devenu l’environnement. Avant cela, on parlait surtout d’écologie… À bien y regarder, le mot environnement désigne tout ce qui nous entoure : la nature, les constructions, les aspects socio-économiques, voire le contexte politique. Autrement dit, il y a nous, et ce qui nous entoure, les animaux, les forêts, les rivières… Dans cette vision, une séparation s’impose.
Tout devient alors objet, tout s’achète : du fœtus aux terres rares. Cela éclaire notre situation actuelle. Mais si nous faisons partie intégrante du vivant, du règne minéral aux formes les plus complexes, alors tout change. La Terre n’est plus une ressource à gérer, mais un être à aimer, à chérir. La vie devient un honneur, une chance inouïe. On change alors complètement de paradigme.

Ce rapport à l’autre
« Madame, il ne vous reste que quelques semaines à vivre », avait lâché froidement le médecin à ma mère, allongée sur son lit d’hôpital. C’était au début des années 90. Le diagnostic est tombé comme un couperet, avec une brutalité désarmante. On n’est jamais préparé à entendre ce genre de mots, ni le patient, ni ses proches. Ce médecin semblait avoir oublié toute forme d’empathie. Ma mère, malgré tout, faisait preuve d’un courage et d’un optimisme remarquables, redonnant le sourire à ceux qui venaient la voir, jusqu’à son dernier souffle. Dans sa vulnérabilité, elle incarnait la beauté, la dignité et la fragilité de la condition humaine. Offrir à l’autre ce que l’on aimerait recevoir soi-même est peut-être l’une des plus puissantes façons de vivre.

Tenir la porte
Cela peut sembler anodin, voire hors sujet… Et pourtant ! Vous est-il déjà arrivé de vous prendre une porte parce que la personne devant vous ne l’a pas retenue ? Cela m’est arrivé rarement toutefois lorsqu’elle survient, la sensation est franchement désagréable. À l’inverse, quand quelqu’un vous tient la porte, c’est comme un petit geste qui dit : « je fais attention à toi ». La magie opère surtout quand ce geste se propage. Une personne le fait, la suivante aussi, et ainsi de suite… Il en va de même lorsqu’un automobiliste vous laisse traverser.
S’agit-il d’une simple convention sociale, ou d’une forme de vivre-ensemble précieuse ? Sans doute les deux. Mais dans sa symbolique, le message est fort. Et au fond, tous ces gestes, intentions, sont les multiples expressions de «prendre soin du vivant» et qui rendent la vie tellement plus belle.
Notre lien au vivant est aussi notre relation au réel. Il devient à la fois notre mât et notre gouvernail. Nos actions, qu’elles soient personnelles ou professionnelles, s’enchaînent naturellement. Notre « pourquoi » devient un repère solide, un référentiel intérieur qui simplifie, éclaire, aligne. C’est dans cet espace que les élans se manifestent, que nos talents s’expriment, que la vie trouve tout son sens. Et si c’était cela, au fond, notre mission de vie : prendre soin du vivant… en commençant par nous-mêmes ?
La photo qui illustre l’article : Toutou Village à Montréal
Une entreprise qui fait du toilettage pour animaux domestiques – Une photo réalisée dans le cadre d’une série de portraits pour Microcrédit Montréal
*Le plateau, ou plateau Mont-Royal est un arrondissement de Montréal
